Pudeur…

Tous-a-poilDans une vie, le handicap remet de nombreuses choses en cause, la pudeur en fait partie, il oblige à la mettre de côté tous les jours. Je ne peux pas m’habiller, ni aller aux toilettes, ni même me laver seul. Je me retrouve donc très souvent nu et dans des positions gênantes devant des tiers, le plus souvent des femmes.

Je suis quelqu’un de très pudique, la nudité des autres me gêne et je déteste l’idée d’être vu nu. Même les contacts physiques me dérangent, je n’aime pas être touché ni même qu’on me fasse la bise, du moins en général. Donc, c’est d’autant plus difficile pour moi d’accepter cette proximité physique qu’impose mon handicap.

De l’enfance à l’âge adulte, les soins étaient réalisés dans la majorité des cas par ma mère, de profession médicale, ce qui simplifiait pas mal les choses. Je ne me suis jamais vraiment retrouvé gêné devant ma mère. La nudité et ce qui en découle sont plus faciles à accepter dans ce cas de figure, juste un peu délicat durant l’adolescence.

Depuis une dizaine d’années environ, l’évolution de mon handicap et la fatigue croissante de ma mère m’ont contraint de recourir à du personnel médical. Désormais des auxiliaires de vie et des aides-soignantes viennent à mon domicile tous les jours pour réaliser certains soins (lever, repas, douche, bain, passage aux toilettes, habillage, etc.). Autant te dire que ce n’est pas simple de se faire essuyer les fesses, déshabiller et laver par d’autres personnes… Surtout que certains des professionnels, l’âge et l’habitude aidant, oublient toute notion de décence et de respect. Cela s’illustre sous diverses formes :

     _Des phrases, blagounettes ou autres remarques du genre « Apoil, à poil! », « si ça ne va pas, on te lave à coup de karcher dans le jardin » ou « il fait chaud dans la salle de bain, c’est fait exprès pour faire déshabiller les collègues ».

     _Des gestes non maitrisés ou non réfléchis qui t’amènentà te prendre des coups dans les parties, ou même, te les faire attoucher ou simplement toucherlorsque l’on vous habille. Ou encore, lorsque les gens se penchent sur toi pour t’habiller qui vous écrase le buste ou les jambes de leurs poitrines ou que ton talon entre dans un décolleté.

Tu pourrais te dire que j’ai de la chance de pouvoir me faire laver par des femmes… Bah, merde non, je te prie de croire que c’est le dernier contexte où vous avez envie de ça… Le corps n’est plus sexualisé dans ces conditions, ou disons qu’il est bien amoindri. Nu je n’ai pas forcément les mêmes réactions qu’habillé, je suis incapable de trouver une femme séduisante dans ces conditions.

Hors du contexte médical, un handicap important apporte aussi son lot de gène, notamment face aux personnes tactiles et trop familières. Normalement, pour faire comprendre à quelqu’un de pas vous embrasser ou de pas vous toucher, il suffit d’avoir un geste de recul, la personne en face de toi va comprendre immédiatement, tu n’auras même pas à te justifier… Ce geste je ne peux pas le faire, ce qui m’oblige à subir, car les gens ne posent pas la question et c’est vraiment très désagréable…

Il est important de préciser qu’aussi étrange que ça puisse paraitre, avec les plus jeunes, je ne rencontre pas vraiment les mêmes problèmes, enfin en général en tout cas. Je me sens toujours gêné évidemment, surtout les premiers jours, mais c’est bien plus simple en fin de compte, car je pense qu’elles font beaucoup plus attention et se mettent plus facilement à ma place. Ou alors, on peut imaginer qu’elles sont tout aussi gênées que moi, ce qui pourrait expliquer un excès de précaution. Mais aussi, fort heureusement, certaines personnes font extrêmement bien leur travail, et arrivent à évacuer la gêne, et ces moments très contraignants deviennent moins désagréables et moins gênants, et c’est généralement grâce à l’humour, mais un humour bien dosé et respectueux.

Bref pour moi ce n’est pas franchement facile, vraiment, parfois je trouve ça presque dégradant Voir même parfois insultant… Les seuls contacts physiques devraient normalement rester dans un cadre privé. Il y a certains endroits qui ne devraient être touchés ou vus que par des personnes que vous avez choisies délibérément. Mais tu n’as pas le choix.

Évidemment, tout ce que je décris arrive aussi à des valides, tout le monde va chez le médecin et peutse retrouver momentanément invalide, je ne l’oublie pas, je pense aussi aux femmes chez le gynéco qui doivent elles aussi mettre leur pudeur de côté. Ici aussi, il y a des choses à dire, certains professionnels sont tout aussi indifférents face à cette gêne qui est ressentie.

Il faudrait vraiment que tous ceux qui bossent dans ce milieu prennent conscience qu’ils pourraient être à la place de leurs patients… La vie étant ce qu’elle est, les rôles peuvent être échangés en un instant.

Mon article est un peu brouillon, je n’arrive pas à exprimer mieux ma pensé, il peut aussi paraitre aigre, mais c’est aussi lié à mon humeur du moment, cela me gonfle, j’avais besoin d’extériorisé un peu. J’espère que tu auras trouvé un intérêt à me lire et que ce texte pourra peut-être aider certains professionnels du corps médical à comprendre quelques éléments. Bref, dis-moi ce que tu en penses.

Une réflexion au sujet de « Pudeur… »

  1. Je ne peux qu’imaginer ce que tu ressens.
    Je rajouterais aussi qu’à un certains âge ce genre de soins, et les traitements indélicats qui en découlent, se fonds aussi nécessaire et tout le monde, même s’il n’a pas de handicap, d’accident ou de maladie particulière, finira probablement par les rencontrer.
    J’avais lu le bouquin de Grand Corps Malade, je ne sais pas ce que tu pense de lui, mais il y évoquais des choses semblables.

    Bref, je ne connais pas d’expérience ce que tu décris et, je vais être honnête, je ne tiens pas à l’expérimenter. Mais je crois te comprendre.
    Continue à écrire sur ce blog, c’est très intéressant.

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